Kora corps : l’exposition au Goethe-Institut Sénégal du 7 juin au 7 juillet 2013

Flyer Exposition Kora corps Goethe-Institut vernissage le 7 juin 2013

« Kora corps » est la première exposition individuelle des peintures et sculptures de Pierre Gosse Diouf, artiste dakarois de 36 ans, que j’ai eu le plaisir d’accompagner ces derniers mois.

L’exposition retrace un parcours autodidacte d’une douzaine d’années de créations. « Kora corps » propose un regard sur les corps féminins (symbolisés par la kora) et masculins en relations et les corps humains et sociaux qui façonnent la société sénégalaise dans ses traditions familiales, ethniques et villageoises, comme dans ses évolutions contemporaines et urbaines.

Au fil de ses œuvres bercées de musique, Pierre Gosse Diouf questionne la santé de l’hymne sénégalais à travers lequel Léopold Sédar Senghor invitait les Sénégalais à « pince(r) tous (les) koras, frappe(r) les balafons » et conviait ainsi chacun, quelles que soient ses origines, à constituer « un peuple dans sa foi défiant tous les malheurs » réunissant dans une même mélodie « les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes ».

En exprimant telles les notes et les fausses notes de la kora, les accords et les désaccords de la société, les peintures et sculptures de « Kora corps » offrent un miroir et une mémoire sur des ententes conjugales, sociales et même personnelles souvent fragiles et fragilisées.

Pierre Gosse Diouf nous invite ainsi à partager son « corps à corps » pour rendre possibles de meilleures harmonies!

Vous pourrez consulter à ces liens :

– Les informations pratiques

– Le catalogue d’exposition

– Le site de l’artiste

– Le texte “Kora corps” qui revisite l’hymne sénégalais au travers des oeuvres de Pierre Gosse Diouf

Merci de votre intérêt et souhaitons plein de succès à l’artiste !

Pierre-Emmanuel Billet, juin 2013

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Kora corps

« Pincez tous vos koras, frappez les balafons »
Faites chanter les tamtams, les paroles du Poète
Un état d’âmes unies, sous un même drapeau
Vert jaune rouge, une étoile, un pays, un chau-dron
On partage son plat. Plat qu’est haut en couleurs

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les frimousses

Mais elles grincent les koras, la calebasse au bal casse
La peau drap noir jauni. Le tableau est à vendre
Y a son cadre qui dévie. Les oreilles sont absentes
La terre est atterrée et le ciel est de cendres
La rue est étouffée, elle oublie ses vendanges

Sénégal ma pirogue : l’écume contre l’enclume
Regarde quand le pire vogue, quand tu y laisses des plumes
Retrouve donc ta force, ton rire et ta sagesse
Apprends de ton chemin et souviens-toi des liesses
Pas besoin d’être féroce : Un accord, une caresse

Sénégal, faut-il que je te fasse un dessin ?
Pour toi, t’as pas d’égal, t’es le roi des malins
Ton talent est ta chance, tes rêves, ton insouciance
Mais regarde à ta porte la femme qui balaye
Parfois tu te comportes tel le miel sans l’abeille

« Pincez tous vos koras », ‘’frappons les balafrés’’
Chacun a son aura, addict à sa dictée
Des corps affûtés aux bébés sans biberon
L’accord est imparfait, les luttes intestinales
Les pinceaux emmêlés, la palabre est bancale

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les « free muus »

Sénégal, mon régal, regarde tes gardiens
Ecoute le vent du loin, ses échos dans ton pré
Sache trouver dans ton sein ta saine égalité
Danse donc ta chaude ronde, tes arômes sont magiques
Et soulève ta fronde quand surgit le tragique

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les « free muus »

Pinçons tous nos koras ! Dansons au bal à fond !
Le soir a ses rosées. Le berger est aux anges
Une boucle, un collier. Les oreilles sont contentes
La terre est déterrée, le ciel est son miroir
La nuit est un foyer d’où rejaillit l’espoir

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, mai 2013
Extrait de Almadies mélodies
Variation autour de l’hymne sénégalais et de l’œuvre de Pierre Gosse Diouf http://pierregossediouf.wordpress.com

Le foyer, Pierre Gosse Diouf

Le foyer, Pierre Gosse Diouf

 

Vidéo enregistrée à l’occasion du vernissage de “Kora corps”, exposition des peintures et sculptures de Pierre Gosse Diouf, le 7 juin 2013 au Goethe-Institut Sénégal
Guitare et composition musicale : Weiish du Saywi Band de Dakar, accompagnement vocal (refrain): Ziclo (Omar Ndiaye)

 

Chanson sans le son

J’écris des chansons sans le son
Faites de slow-gans trop rapides
Je fais de la prose sans la rose
De la sculpture sur vide

Qu’est-ce donc ? Du slam sans l’âme ?
Du « hype pop » impopulaire ?
Le palais du Rap à Avignon ?
Un pistolet épistolaire ?

J’fais du reggae qui pagaye
Mon gospel a le blues
Je suis le clown triste de la country
Quand les gosses s’ pellent sans pelouse

J’essaie de faire de l’art
Des romans d’égotiques
Mais mes héros mentent
Parlent d’une Rome gothique

Le soir je crie du flamand
Danse une valse wallonique
On me dit trop pestant
Dans une église maçonnique

Et en période de vache maigre
J’voudrais traire les obèses
Mais je n’ai pas de talent latent
Ni l’flow du flouze, ni le flou du pèse

J’écris des chansons sans le son
Faites de slow-gans trop rapides
Je fais de la prose sans la rose
De la sculpture sur vide

J’suis pas barbu, pas même enfant
Je n’ai rien bu mais je vois double
Et dans un monde adolescent
Les crises d’adultes elles me troublent

Je n’ai pas d’autres instruments
Qu’un harmonica sans harmonie
Qu’un vers à moitié pas content
Et des mots bleus dans un ciel gris

On me dit de changer de ton
Que mes murmures n’ont pas d’oreilles
Dur de s’affranchir du mur du con
Il n’y a pas de visa universel

J’écris des chansons sans le son
Je fais des torrents des rapides
Je suis un sculpteur sur glaçon
Qui ne veut pas venir les mains vides

Comment chanter à l’unisson
Sans avoir la bonne graine ?
L’avoine cassée pour seule moisson
La course au blé pour seule rengaine

J’écris des chansons sans le son
Faites qu’elles ne donnent la migraine
C’est un appel à l’ami-don
A une petite graine plus une petite graine

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, février 2013
Extrait de Almadies mélodies

Ivry ivresse

A Allain Leprest

Ivry sur Seine
Le bateau Ivry
La Seine se livre
Ivre de vie

Ivry sur scène
Des scènes de vies

Ivry en scène
Ivre la nuit
Ivry, ses chaînes
Et ses délits
Des bars ouverts
Des mains aussi
Se choquent les verres
L’inouï se dit

Ivry qui traine
Ivry qui jouit
Un Jean, des indigènes
Accueillent un génie
Ivry, ses gênes
Se voit cueillie
Des champs de chênes
En trompe-l’oreille
Trompent les murs gris

Ivry se démène
Et se construit
Des bruits de vers
Des verts débris
Ivry s’affaire
L’obscur, l’ennui
En un éclair
Tout s’éclaircit

Ivry s’entraine
De demi en demi
Chante ses rengaines
« Un quart aussi ! »
Ivry se déchaine
Et se multiplie
Bières feuilles ciseaux
Nappes noircies
Les mots vivent viennent
Des mots de vies

Ivry se dégaine
Et s’ébahit
Le torse se gaine
Le cœur aussi
« Ivry-body
Needs some body »
Il y a du grand homme
Dans le tout petit

Ivry ne se freine
Printemps été
A du mal à se taire
A dégriser
Ivry fait sienne
Automne, hiver
Son Ivry-été

Ivry assène
Sa Terre-happy
Si elle a la migraine
Parfois vomit
Elle plante sa graine
Dans son ciel gris

Ivry sur Seine
Une fin d’été
Le mal de terre
A repris pied
Un vide en scène
L’ivraie sans le bon gré
Un ami en bière
S’enivre sous terre
Au cimetière
Le béton est désarmé

Ivry sur Seine
Le radeau médusé
Remonte la scène
Bon gré mal gré

Le bateau se livre
Fait de papier nappé
De bouts de veines
D’amer et de sucré
Ivre sous scène
Tu paies encore ta tournée

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, mars 2013

P’tit con

T’en fais pas, p’tit con
Quand on se reverra
T’auras fait un tour de bon
Tu seras le « Toon de la toundra »
Plus besoin de babyron
De ce nuage de blabla
Du mouton le lait chaud
Tu le boiras sans l’effroi

« Ne t’en fais pas, petit con »
Ecoute moi mon siamois
Ce sont là juste six mots
Pour Simon, pour six mois

T’en fais pas, p’tit con
Tu franchis ce Cap là
Oui tu fais un grand bon
Quand tes aînés restent en bas
T’as une casquette sur la tête
Des baskets, t’es pas niais
Quand tu pars en goguette
On dirait que les océans c’est surfait

Tu verras la terre est une orange
Elle est un steak haché
Dont l’huile se vidange
En une marée déchaussée
T’en fais pas p’tit con
La viande saignante de bleus
T’attend comme une offrande
Faut regonfler le pneu

Je voudrais te dire tant de choses
Sécréter des secrets
Des histoires d’osmose
De patiences à planter
Que si ça ne tourne pas rond
Des ronds tournent à haut-frais
Et les crottes de pigeons
Et les bras de Morphée

Mais je ne suis pas ton père
Sur cette terre adoptive
Je ne suis que le frère
De nos vendanges tardives

Alors n’oublie pas ton imper’
Et la crème pour bronzer
Peut-être à cette jeune fille au pair
Paieras-tu une tournée
Elle te dira « quel bol d’air,
T’as de belles chaussures de plagiste* »
Tu seras un homme hors pair
Et tu es déjà un homme, mon fils

Mais je ne suis pas ton père
Sur cette terre adoptive
Tu es le fils de l’air
Une dune sur une plage de nudistes

*Traduction de : « You’re so well-in-tongues », which is nice in Wellington…

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, décembre 2012

Commun lundi

(audio sur le site : http://www.myspace.com/music/player?sid=91062040&ac=now)

Comment va ?
Comme un lundi
On est mardi,
Sûr que ça va ?
Comme un lundi
Y en a marre, que j’dis
Comme un pavé dans le mardi

Eh comment  va ?
Comme un lundi
On est quel jour ?
Oh mercredi
Vivement samedi
Amer credo, amer crédit
Mon crédit meurt le mercredi

Eh comment va ?
Comme un lundi
Arrête ton jeu, on est jeudi
Quand je dis « jeudi »
Tu dis « jeudi »
C’est le retour du « je dis »
« Je dis, je dicte
Les jeux et les conduites »
Jeudi sans jeu, sans verte prairie

Salut, ça va ?
Comme un lundi
C’est plus drôle, on est vendredi,  J’te l’ai d’jà dit
Aujourd’hui faut se vendre pardi
Agite les bras et vends « dix manches » d’ici samedi
Ou tu feras la manche, avant lundi, qu’il m’dit

Traverser le dimanche, dans sa Ferrari
« Ah ça, ça me dit », qu’il m’dit, c’est sa féérie
« Viens taffer et ris », qu’il m’dit
Le dimanche de son ‘blague’-berry
Comment va ?
C  o  m  m  e    u  n    l  u  n  d  i

Au petit jour l’un dit « lundi »
L’un compte les jours, l’un dit « mardi »
L’un à rebours, l’un dit « dredi »
Pour un qui savoure, qui dit « je dis »
Combien en ont marre avant le mardi ?

C’t un temps de lundi, que l’un me dit
Temps de l’indigence
Agence de gestion, l’indice prime
La compétition entre l’indifférence et l’indiscrétion
Pour l’individu c’est l’indigestion

Temps de l’indiscipline
La richesse des nations
Le marché de l’assoupline
Devient l’ordre des nations
Rien ne dissipe le spleen
Pas même l’indignation

L’individuettiste
Réalise son ambition
Qui l’individualise
Le rationalise
Jusque dans ses passions
L’un divise
L’autre fait ses multiplications
Il se réjouit des crises
C’est l’attrait du pognon

Et nous, comment on va ?

Comme un lundi

On a des traits communs
Des traces de gnons

On a le lundi commun
Comme un trait d’union

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, extrait de “Patch Work”, N°SCAM 2012-09-0002
Musique et 2nde voix audio : Antoine Meunier