Gardiens du temple

L’exposition « Gardiens du temple » présente des regards artistiques sur les gardiens d’immeubles, de villas, de bureaux et de commerces qui peuplent les rues des riches quartiers résidentiels et des quartiers d’affaires de la capitale sénégalaise. Qu’ils soient d’anciens militaires ou étudiants, souvent issus de régions rurales, ou des migrants des pays de l’Afrique de l’Ouest, ces hommes – pour la plupart – contribuent à la sécurité comme à l’animation des rues. En soutenant leurs familles ou en partageant les langues nationales et traditions avec les passants ou clients, ils entretiennent les liens avec leurs villages ou pays d’origines et participent à l’ouverture culturelle.

Plus de 30 000 personnes exercent ce métier au Sénégal. Leurs situations sont très variées, allant des gardiens civils, embauchés par un propriétaire d’immeuble ou de villa, à des gardiens employés par des sociétés parfois multinationales de gardiennage. La plupart travaillent dans la rue, sans loge, d’autres connaissent la solitude des postes de garde isolés, tandis que les uns comme les autres peuvent être déplacés ou remplacés du jour au lendemain. De même, leurs conditions de travail alternent, allant de l’emploi par quelques (rares) compagnies appliquant (rarement pleinement) le droit du travail à des situations plus fréquentes d’exploitations, parfois extrêmes, de vulnérabilités économiques et sociales. Si les quotidiens d’informations relaient occasionnellement à leur propos les cas opposés de complicité de vol ou d’agressions subies en exerçant leurs fonctions, leur quotidien oscille entre résignations et efforts laborieux pour assurer le minimum et tenter de dégager de nouvelles voies professionnelles alors que les relations avec leurs clients « gardés » et les voisinages sont tour à tour empreintes de méfiance, de confiance, d’amitiés parfois et le plus souvent d’indifférence.

La manifestation « Gardiens du temple » s’inscrit dans le programme d’étude du Goethe-Institut Sénégal « le Dernier Village » qui analyse la transition démographique et les phénomènes culturels liés que connaissent les villes africaines. Se centrant sur la ville de Dakar, elle éclaire une intersection symbolique où se situent les gardiens, à savoir : le croisement entre les richesses qu’ils gardent et les difficultés économiques qu’ils connaissent bien souvent; l’entrechoc de modes de vie urbains teintés d’individualisation et de ceux plus communautaires dont les gardiens ont pu hériter de leurs origines villageoises; le frottement entre le temps souvent précipité des clients ou passants et le temps long et répétitif des journées et nuits de garde; la rencontre (possible) de mondes culturels et linguistiques distincts – à l’exemple des gardiens de clients expatriés; la coexistence de formes de gardiennage inscrites dans une économie « informelle » et d’autres s’inscrivant dans une économie plus « formelle », en voie dite de « professionnalisation ».

Illustrant cette position particulière du gardien, au cœur des opportunités, contraintes, espoirs, dangers et frustrations de la ville, les contributions artistiques, présentées ici pour la première fois, interrogent le modèle de développement citadin et humain que poursuit le Sénégal. Qu’ont à dire les gardiens sur les évolutions des rapports économiques et sociaux ? Quelles sont les fondations culturelles de ce temple urbain ? Quelles lignes d’horizons se dessinent sous les yeux souvent fatigués de ses gardes ?

L’exposition “Gardiens du temple” s’est tenue au Goethe-Institut Sénégal, à Dakar Point E du 12 juin au 4 juillet 2014, en partenariat avec Wakh’Art, l’Art facteur de développement. 

En tant que commissaire d’exposition, j’ai eu l’honneur d’y présenter des photographies de Mamadou Gomis. une installation d’Ibrahima Thiam, ainsi que des peintures de Barkinado Bocoum, Pierre Gosse Diouf, Lamine Ndiaye et Malick Ly et une vidéo réalisée avec Ican Ramageli.(présentation des artistes).

Oeuvres que j’ai eu le plaisir d’accompagner de mes textes, à l’exemple de ce blues d’un gardien : Gardien de fards, du regard d’un “gardé” : “Un dollar indolore” ou encore de “Roue de l’infortune”.

En sortie de cette manifestation, nous espérons pérenniser une dynamique d’attention et de mobilisation collective sur ce sujet sensible.

Merci à chacun-e de vous de relayer cette attention.

Pierre-Emmanuel Billet, août 2014

Revue de presse :
“Les gardiens s’exposent”, Goethe-Institut Sénégal, juin 2014
“Observateurs observés”, par Mehdi Ba, Jeune Afrique, 29 juin au 5 juillet 2014
“L’envers du gardiennage mis à nu”, par Fatou Kiné Sen, Walfadjiri, 19 juin 2014
“Les Gardiens du temple sur Radio Sénégal International”, interview par Alioune Diop pour les “Matins de RSI”, 23 juin 2014
“Les Gardiens de Dakar sur BBC Afrique”, reportage d’Hélène Alex

Mobilisation
“Regardons les gardiens”, page facebook
Support débat Gardiennage et emploi décent_140701, Comment faire vivre le “nio far”? A quand l’emploi décent ?

Informations complémentaires
Dakar, la panne de décence, sur la question de la responsabilité et de l’exemplarité des acteurs du développement
Portraits…crachés des gardiens de Dakar, sur le manque de considération vécu par les gardiens
Dakar des gardiens mal gardés, panorama de la situation humaine et sociale

Contacts
pebillet@gmail.com
Facebook : “Pierre-Emmanuel Billet”

Affiche expo Gardiens du temple

Illustration par Pierre Gosse Diouf : Série “Lumières de la ville, #1”, 2014

Performance de Scorpion sur “Gardien de fards”, en présence de Xuman, à l’occasion du vernissage de l’exposition “Gardiens du temple” le 12 juin 2014

 

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