Roue de l’infortune

(Quand ça va au plus mal…)

Les cordonniers sont les plus mal… chaussés

Les bonnes peuvent l’avoir mauvaise :
Les gouvernantes sont les plus mal… gouvernées

Les gardiens, eux, sont les plus mal… gardés

Les chauffeurs sont-ils parmi les plus fauchés ?
Quand ils roulent tard l’hiver, ils sont les plus mal… chauffés

Comment les marchands ambulants font-ils pour négocier
Les ambulances qui se marchandent, les hôpitaux qui font marcher ?

Les administrés sont d’autant plus mal… admis
Que quand ils sont sinistrés et se trouvent sans amis…

Les vendeurs de lunettes, sont-ils les plus mal… lunés ?
Le soleil leur tape sur la tête et il faut l’affronter…

Les « borom sarretts » ne s’arrêtent pas de la journée
Les marchands de balayettes, s’entendent dire « du balai » !

Les vendeurs d’œufs font des cauchemars d’omelettes
Où on se marche sur la tête, où on se marche sur les pieds

Aux ronds-points, points de ronds
Surtout des prés carrés :
Les vendeuses de Kirène
Ne sont pas celles qui règnent
Ce sont les vitres fermées

Les nourrissons sont les plus mal… nourris
On ne voit plus les jumelles, que dire des talibés… ?

Les retraités revendiquent leurs traites
Qui sont les plus mal… traité-e-s ?

Quand l’infortune guette
(Presque…) Tout le monde se fait rouler…

Les cordonniers sont les plus mal… chaussés
Les bonnes l’ont… mauvaise
Les gardiens sont les plus mal… gardés
Gardiens qui regardent la rue
Qui sont les plus mal… regardés

Gardiens des fortins, des fortunes
-Faisons un petit aparté-

Gardiens des forts de tunes
D’un monde à part, d’étés
Agents de sécurité des biens privés
Privés d’argents, de biens et de sécurité
Gardes chassés des chasses gardées
Gardiens des beaux commerces
Qui agissent comme herses
Sans pouvoir rentrer…
Gardiens des beaux quartiers
Au cœur du « pas de quartier »
Gardiens de banques
Gardiens de vies,
Pas conviés aux banquets
Gardiens de nuits à la paye ajournée…
« Plantons » qui ne peuvent se planter
Certains patrons sont si vils, prêts à les supplanter
Quels égards pour le garde civil ? Moindres sont les civilités…

Quand la roue de l’infortune croise celles des fortunés
Elle prie pour qu’on la secoure du bitume
Fatiguée d’être crevée

Comment la regonfler de fortune ?
Comment l’enjoliver ?

 

Pierre-Emmanuel Billet, avril 2014, extrait de “Gardiens du temple”

 

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