Kora corps

« Pincez tous vos koras, frappez les balafons »
Faites chanter les tamtams, les paroles du Poète
Un état d’âmes unies, sous un même drapeau
Vert jaune rouge, une étoile, un pays, un chau-dron
On partage son plat. Plat qu’est haut en couleurs

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les frimousses

Mais elles grincent les koras, la calebasse au bal casse
La peau drap noir jauni. Le tableau est à vendre
Y a son cadre qui dévie. Les oreilles sont absentes
La terre est atterrée et le ciel est de cendres
La rue est étouffée, elle oublie ses vendanges

Sénégal ma pirogue : l’écume contre l’enclume
Regarde quand le pire vogue, quand tu y laisses des plumes
Retrouve donc ta force, ton rire et ta sagesse
Apprends de ton chemin et souviens-toi des liesses
Pas besoin d’être féroce : Un accord, une caresse

Sénégal, faut-il que je te fasse un dessin ?
Pour toi, t’as pas d’égal, t’es le roi des malins
Ton talent est ta chance, tes rêves, ton insouciance
Mais regarde à ta porte la femme qui balaye
Parfois tu te comportes tel le miel sans l’abeille

« Pincez tous vos koras », ‘’frappons les balafrés’’
Chacun a son aura, addict à sa dictée
Des corps affûtés aux bébés sans biberon
L’accord est imparfait, les luttes intestinales
Les pinceaux emmêlés, la palabre est bancale

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les « free muus »

Sénégal, mon régal, regarde tes gardiens
Ecoute le vent du loin, ses échos dans ton pré
Sache trouver dans ton sein ta saine égalité
Danse donc ta chaude ronde, tes arômes sont magiques
Et soulève ta fronde quand surgit le tragique

Les cordes vocales de mon arc en ciel
Diolas, lébous, sérères chantent le toucouleur
Nous sommes là nous frères
La brousse contre la bourse
Nous sommes la lumière
Les tresses et les « free muus »

Pinçons tous nos koras ! Dansons au bal à fond !
Le soir a ses rosées. Le berger est aux anges
Une boucle, un collier. Les oreilles sont contentes
La terre est déterrée, le ciel est son miroir
La nuit est un foyer d’où rejaillit l’espoir

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, mai 2013
Extrait de Almadies mélodies
Variation autour de l’hymne sénégalais et de l’œuvre de Pierre Gosse Diouf http://pierregossediouf.wordpress.com

Le foyer, Pierre Gosse Diouf

Le foyer, Pierre Gosse Diouf

 

Vidéo enregistrée à l’occasion du vernissage de “Kora corps”, exposition des peintures et sculptures de Pierre Gosse Diouf, le 7 juin 2013 au Goethe-Institut Sénégal
Guitare et composition musicale : Weiish du Saywi Band de Dakar, accompagnement vocal (refrain): Ziclo (Omar Ndiaye)

 

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Chanson sans le son

J’écris des chansons sans le son
Faites de slow-gans trop rapides
Je fais de la prose sans la rose
De la sculpture sur vide

Qu’est-ce donc ? Du slam sans l’âme ?
Du « hype pop » impopulaire ?
Le palais du Rap à Avignon ?
Un pistolet épistolaire ?

J’fais du reggae qui pagaye
Mon gospel a le blues
Je suis le clown triste de la country
Quand les gosses s’ pellent sans pelouse

J’essaie de faire de l’art
Des romans d’égotiques
Mais mes héros mentent
Parlent d’une Rome gothique

Le soir je crie du flamand
Danse une valse wallonique
On me dit trop pestant
Dans une église maçonnique

Et en période de vache maigre
J’voudrais traire les obèses
Mais je n’ai pas de talent latent
Ni l’flow du flouze, ni le flou du pèse

J’écris des chansons sans le son
Faites de slow-gans trop rapides
Je fais de la prose sans la rose
De la sculpture sur vide

J’suis pas barbu, pas même enfant
Je n’ai rien bu mais je vois double
Et dans un monde adolescent
Les crises d’adultes elles me troublent

Je n’ai pas d’autres instruments
Qu’un harmonica sans harmonie
Qu’un vers à moitié pas content
Et des mots bleus dans un ciel gris

On me dit de changer de ton
Que mes murmures n’ont pas d’oreilles
Dur de s’affranchir du mur du con
Il n’y a pas de visa universel

J’écris des chansons sans le son
Je fais des torrents des rapides
Je suis un sculpteur sur glaçon
Qui ne veut pas venir les mains vides

Comment chanter à l’unisson
Sans avoir la bonne graine ?
L’avoine cassée pour seule moisson
La course au blé pour seule rengaine

J’écris des chansons sans le son
Faites qu’elles ne donnent la migraine
C’est un appel à l’ami-don
A une petite graine plus une petite graine

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, février 2013
Extrait de Almadies mélodies