Un dix…

On est complices sur le terrain
A un contre dix, on s’entend bien !
On est complices hors du terrain
A un contre dix, on gagne combien ?

On s’accomplit sur le terrain
A un contre dix, à dix contre un
C’est un délice que ce terrain
A un contre dix, à l’un contre un

Quels sacrifices sur le terrain !
Bien mieux qu’un six, qu’il défend bien !
C’est un supplice que son coup d’reins
C’est un vrai dix, un très très bien !

Un dix, un dix sur le terrain
Feu d’artifice qui fait du bien !
Moteur, hélices et tout terrain
C’est un grand dix qui en vaut vingt !

Un dix sur dix sur le terrain
C’est un artiste hors du commun !
Il drible, il fixe, qu’est-ce qu’on le craint !
Qu’il drible le fisc’, « il le vaut bien » !

Un dix sur dix, sur le terrain
Quels bénéfices pour l’bien commun !?
Combien d’caprices « entre tes reins »
Un dix sur dix, ça vaut combien ?

Indices, indices… sous le terrain
Chefs abusifs et abus d’biens…
Des cicatrices et des « t’es rien »
Passeports, supplices, caveaux… combien ?

La fleur de lys gagne du terrain
Pour un grand dix, y a dix contraints…
On est complices d’la loi d’airain
Du jeu, d’la lice, de l’un contre un

On est complices hors du terrain
On est complices, on le sent bien
On est complices, « on n’y peut rien »
« Des sacrifices, on en fait bien »

On est complices, on s’entend bien
D’un coup de pied on s’lave les mains
On est complices des souterrains
Des orifices et du purin.

 

Pierre-Emmanuel Billet, août 2017

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Yao le messager

“Défoulez-vous, ou prenez nos places, vous comprendrez mieux nos amertumes” – Yao

Il y a un an, je rencontrais Yao, gardien de nuit togolais dans un hôtel de Dakar. En quête d’un avenir meilleur, Yao a quitté son pays il y a dix ans, partant à “l’aventure” au Bénin, au Nigéria, au Burkina Faso ou encore au Mali avant d’arriver au Sénégal. Il a effectué le métier de gardien dans nombre de ces pays où il a connu, sous des formes différentes, l’exploitation et le manque de considération. Beaucoup de gardiens n’osent pas témoigner à découvert de peur des représailles. Yao a souhaité le faire, conscient des risques mais surtout conscient que sa parole aurait valeur d’encouragement pour ses confrères en Afrique de l’Ouest. Nous avons donc recueilli son témoignage – en chansons ! – dans ce court-métrage réalisé par Ican Ramageli. Depuis, Yao vient de perdre son emploi, renvoyé comme un mal propre, quelques temps après avoir montré cette vidéo à son patron qui a alors changé d’attitude à son égard. Patron qui lui a refusé pendant près d’un an un jour de congé hebdomadaire. Patron qui n’est même pas nommé et qui avait donné son aval à cette interview. Patron qui nie avoir vu cette vidéo et qui nie même l’avoir licencié, licenciement qui a eu lieu sous les yeux pourtant de témoins… Quand il m’a parlé pour la première fois de son parcours, Yao semblait attendre l’oreille qui allait l’écouter. J’espère qu’on pourra un peu l’entendre. PE

A croquer

J’ai voulu croquer un Mahomet
Faire un croquis croquignolet
Avec un crayon, sur un carnet
Peindre la bonté toute incarnée

Jusqu’à Dakar, jusqu’à Niamey
C’est un grand prophète qui est loué
J’veux dire aux hommes qu’ont manifesté
Qu’il est à croquer votre Mahomet

Ouvrez vos yeux et regardez
Nos frères en berne, nos drapeaux brûlés
Nos faces blêmes, une bande décimée
Chacun son blasphème, pardon Mahomet

Buvons une bière ou buvons un thé
Chacun son verre, croyant ou athée
Une même prière, même humanité
Un « notre Père », un « notre Mahomet »

J’ai voulu croquer notre Mahomet
Mais j’suis pas Cabu, j’sais pas dessiner
Un homme barbu, qui saurait s’poiler
Et pardonnerait … « le manque de respect »

J’ai voulu croquer un Mahomet
Plein de sagesse et de sainteté
Les croque-morts veulent nous escroquer
Croquons la vie et vivons en paix

Les croque-morts veulent nous escroquer
Croquons la vie et vivons en paix

D’après « la Ballade Nord-Irlandaise » de Renaud
https://www.youtube.com/watch?v=qJmMzWlQmcw

Pierre-Emmanuel Billet, janvier 2015

Roue de l’infortune

(Quand ça va au plus mal…)

Les cordonniers sont les plus mal… chaussés

Les bonnes peuvent l’avoir mauvaise :
Les gouvernantes sont les plus mal… gouvernées

Les gardiens, eux, sont les plus mal… gardés

Les chauffeurs sont-ils parmi les plus fauchés ?
Quand ils roulent tard l’hiver, ils sont les plus mal… chauffés

Comment les marchands ambulants font-ils pour négocier
Les ambulances qui se marchandent, les hôpitaux qui font marcher ?

Les administrés sont d’autant plus mal… admis
Que quand ils sont sinistrés et se trouvent sans amis…

Les vendeurs de lunettes, sont-ils les plus mal… lunés ?
Le soleil leur tape sur la tête et il faut l’affronter…

Les « borom sarretts » ne s’arrêtent pas de la journée
Les marchands de balayettes, s’entendent dire « du balai » !

Les vendeurs d’œufs font des cauchemars d’omelettes
Où on se marche sur la tête, où on se marche sur les pieds

Aux ronds-points, points de ronds
Surtout des prés carrés :
Les vendeuses de Kirène
Ne sont pas celles qui règnent
Ce sont les vitres fermées

Les nourrissons sont les plus mal… nourris
On ne voit plus les jumelles, que dire des talibés… ?

Les retraités revendiquent leurs traites
Qui sont les plus mal… traité-e-s ?

Quand l’infortune guette
(Presque…) Tout le monde se fait rouler…

Les cordonniers sont les plus mal… chaussés
Les bonnes l’ont… mauvaise
Les gardiens sont les plus mal… gardés
Gardiens qui regardent la rue
Qui sont les plus mal… regardés

Gardiens des fortins, des fortunes
-Faisons un petit aparté-

Gardiens des forts de tunes
D’un monde à part, d’étés
Agents de sécurité des biens privés
Privés d’argents, de biens et de sécurité
Gardes chassés des chasses gardées
Gardiens des beaux commerces
Qui agissent comme herses
Sans pouvoir rentrer…
Gardiens des beaux quartiers
Au cœur du « pas de quartier »
Gardiens de banques
Gardiens de vies,
Pas conviés aux banquets
Gardiens de nuits à la paye ajournée…
« Plantons » qui ne peuvent se planter
Certains patrons sont si vils, prêts à les supplanter
Quels égards pour le garde civil ? Moindres sont les civilités…

Quand la roue de l’infortune croise celles des fortunés
Elle prie pour qu’on la secoure du bitume
Fatiguée d’être crevée

Comment la regonfler de fortune ?
Comment l’enjoliver ?

 

Pierre-Emmanuel Billet, avril 2014, extrait de “Gardiens du temple”

 

Un dollar indolore

Deux dollars indolores
Au seuil de ma porte
Le seuil de pauvreté

Un dollar un décor
Une couleur verte
Une porte fermée

Un dollar insonore
Dans la poche de ma veste
Mon cœur battrait

Deux dollars inodores
De leur indigeste
Mon nez bouché

Deux dollars indolores
Que me coûterait le geste
De les donner ?

Parfois un dollar vaut de l’or
On donne le zest
On trouve l’oranger

Mais le dollar est trésor
Pour le coffre-fort
Et le garde-manger

Qu’offre-t-on à manger
Au garde du décor ?
Hormis les restes
Des comtes défaits

On se meut, on se meurt
Dans l’entre-soi, l’entre « forts »
Et on ne fait rien rentrer

Au fond de ma trombe
Qu’offre mon fort
Qui est pourtant si bien gardé ?

Il me reste un dollar incolore
Comme ultime propriété

Il me reste un dollar incolore
Et un aveu
Je suis aveuglé

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, février 2014, extrait de “Gardiens du temple”

Rêveras-tu du Sénégal ?

A mes (beaux) pères

Rêveras-tu du Sénégal ?
Mon enfant qu’je sens dans mes pores
Petite fille ou bien garçon
Toi fruit de l’Est et du S’Nord
Ou tresses blondes ou boucles noires
Je me sens fondre comme un glaçon
J’ai vraiment hâte de te voir

Rêveras-tu du Sénégal ?

Ta mère a l’sourire d’son soleil
Son père a grandi dans les champs
Comme un Werther’s exceptionnel
Il fut un chouette adolescent
Lutteur, rêveur, curieux des graines
Celles qu’on plante quand on apprend
Quand on se délivre de ses chaines

Rêveras-tu du Sénégal ?

Mille lieues de là y a la Lorraine
Un homme prend soin d’une colline
Il y récolte des mirabelles
C’est ton grand-père de Lunéville
Bien luné il t’emmène en haut
T’apprend à conduire son auto
Et lever les yeux vers le ciel

Rêveras-tu de Bonneval ?

Ce sont deux hommes plein de charmes
Qui ont su charmer tes grands-mères
L’un dansant, jouant du tamtam
L’autre construisant sa tanière
L’un aime le mil, l’autre aime le miel
Tous deux blagueurs, tous deux bons pères
J’espère que je serai pareil

Rêveras-tu du Sénégal ?

Auteur : Pierre-Emmanuel Billet, mai 2013
Extrait de Almadies mélodies
Dérivé de « Reverras-tu le Sénégal » de Allain Leprest, 1988, “2”